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Europe: le mystérieux mais gargantuesque
budget de la présidence française


Environ 1 million d'euros sera dépensé chaque jour entre juillet et décembre 2008 par le gouvernement de Nicolas Sarkozy pour porter haut les couleurs de notre pays qui prend les rênes de l'Union européenne. Les sommes que la France a décidé de consacrer à la présidence de l'Union européenne atteignent le chiffre record de 190 millions d'euros.

Ce budget est près de seize fois plus important que les 12 millions d'euros prévus par le Foreign Office lors de la présidence britannique de l'Union européenne en 2005. Mais on n'en saura pas plus. Pas un chiffre supplémentaire, pas un mot. Les instructions de l'Elysée sont formelles, rien ne doit filtrer du détail du programme avant son lancement le 1er juillet et des dépenses occasionnées.

Aucune chance d'en savoir plus sur les appels d'offres, sur les entreprises mises en concurrence ou les choix finalement arrêtés par l'Elysée. Quid du nombre de bouteilles d'eau gazeuses commandées pour rafraîchir les 26 délégations ou la nature des cadeaux offerts? Pour répondre aux critiques sur le montant inégalé des sommes engagées, Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, évoque le poids croissant des dépenses liées à l'élargissement à dix nouveaux pays en 2004 et deux autres en 2007.

« Ce budget - celui d'une Europe à 27 - peut paraître important. Pour être concret, il correspond à la présidence d'une Europe élargie, donc toute comparaison avec notre dernière présidence ne serait pas parlante », a déclaré le secrétaire d'Etat, en février.

  • Un budget gargantuesque

    Force est de constater que la ligne budgétaire votée dans la loi de finances de 2008 est sans commune mesure avec les sages budgets précédents. Les données chiffrées fournies par le secrétariat de la présidence française de l'UE (SGPFUE), l'instance ad hoc, qui disparaîtra à la fin 2008, font état d'un bilan budgétaire pour les présidences françaises passées de 56,9 millions en 2000 et de 14,1 millions d'euros en 1995, lorsque l'Union européenne ne comptait que quinze pays membres.

    S'il est vrai que le coût associé à la prise en charge des délégués pour 27 pays membres a sans conteste augmenté, sur le détail des dépenses, par poste, la transparence n'est pas de mise. Les questions posées par Pierre Moscovici, vice-président de la délégation de l'Assemblée nationale auprès de l'Union européenne, restent sans réponse.

     

    « Notre présidence a lieu au second semestre, qui est plus court, nous avons un Conseil européen de moins à organiser - source de coûts très importants - et surtout cette inflation semble excessive. Quelles initiatives seront couvertes par ces crédits? A quel coût ? Comment seront-elles contrôlées? Comment justifier ce montant? » questionnait le député socialiste, l'automne dernier lors de la discussion du projet de loi de finances 2008 au Palais-Bourbon.

  • Plus de 120 grands événements labellisés

    Faut-il souligner que les deux conseils européens et la quarantaine de réunions ministérielles formelles qui se tiennent à Bruxelles, y compris les frais de déplacements, sont payés par le secrétariat général du Conseil européen. A charge pour la république française de décorer le hall des bâtiments communautaires pour marquer l'événement. C'est donc dans l'organisation des rencontres entre chefs d'Etat et ministres, programmées sur le territoire français, que la France a pu laisser libre cours à sa pulsion dépensière.

    A ce titre, la présidence française a prévu pas moins de 10 événements culturels d'envergure pour marquer l'ouverture et la clôture de la présidence, dont un dîner « de travail» pour les 26 chefs d'Etat et de gouvernement le 1er juillet, et une seconde soirée le 14 juillet après les « bals de l'Europe », rebaptisés pour l'occasion. Quant aux réunions ministérielles informelles, au nombre de 20, elles auront lieu un peu partout dans l'Hexagone, avec une forte préférence pour la région Paca et les villes de Cannes, Nice (mais aussi Biarritz), ou en Avignon.

    Côté conférence, colloques ou manifestations, 22 événements importants impliquant la présence d'un ou plusieurs membres du gouvernement sont prévus, et 92 conférences internationales organisées avec la participation d'un seul représentant du gouvernement. A elles seules les manifestations issues de l'initiative propre de la présidence française s'élèvent à 82 millions d'euros.

    Seule bonne nouvelle pour le contribuable français : entre le projet de loi de finances et le budget voté au parlement, une petite économie de 1,4 millions d'euros aura été réalisée. Mais pour en savoir plus sur les dépenses effectuées, il faudra attendre le rapport annuel de performance début 2009, qui ne sera pas nécessairement rendu public, voire la loi de règlement qui arrêtera le montant définitif des dépenses de l'Etat.


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Sondage exclusif nouvelobs.com-LH2 :
Nicolas Sarkozy poursuit sa chute

La popularité du chef de l'Etat atteint en juin son plus bas niveau depuis son élection en mai 2007, avec 59% d'opinions négatives et 34% d'opinions positives, selon une enquête LH2-Nouvelobs.com. En matière de politique étrangère, le président ne convainc pas: près d'un Français sur deux estime qu'il a détérioré l'image de la France dans le monde.

La cote de popularité de Nicolas Sarkozy atteint son plus bas niveau depuis son élection en mai 2007, avec 34% seulement d'opinions positives, selon notre sondage LH2-nouvelobs.com rendu public lundi 30 juin. Le chef de l'Etat perd deux points par rapport au mois dernier. Les Français sont 59% à avoir une opinion négative, dont 31% "très négative". Avec la baisse du pouvoir d'achat et la hausse du prix des carburants, la cote de confiance semble aussi se répercuter légèrement sur l'image du Premier ministre. La cote de Français Fillon, qui reste tout de même plus importante que celle du président, perd un point par rapport au mois dernier, avec 45% d'opinions positives. Le chef du gouvernement reste à 48% d'opinions négatives par rapport à mai.

Sarkozy peine à convaincre sur sa politique étrangère

Par ailleurs, l'enquête de LH2 révèle que le président de la République ne parvient pas plus à convaincre en matière de politique étrangère. Après ses derniers voyages diplomatiques, notamment au Proche-Orient, 45% seulement des Français interrogés déclarent porter un jugement positif sur sa politique étrangère, contre 47% d'avis négatifs. Pire, près d'un Français sur deux (47%) estime que Nicolas Sarkozy a détérioré l'image de la France dans le monde.
Et la présidence française de l'Union européenne, qui commence mardi, ne s'annonce pas comme une réussite pour les personnes interrogées : les Français sont très partagés quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à assurer cette tâche. Quarante-sept pour cent disent lui faire confiance, contre une même proportion qui affirme le contraire. Parmi eux, 28% des sondés ne lui font "pas du tout" confiance pour prendre la tête de l'UE.

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Le retour de la Télé d'Etat !!!!



Ainsi a tranché l'homme qui décide de tout et se contrefiche de mettre à bas tous les principes démocratiques. Première étape : on supprime la publicité sur France Télévisions. Les sarkozistes prétendent toujours que la majorité présidentielle ne fait qu'appliquer les engagements pris par le candidat UMP durant la campagne. Sauf que ça dépend. En l'occurrence, jamais n'avait été évoqué ce projet, avant que l'homme qui se prenait pour un visionnaire ne le sorte de son chapeau tout à trac, lors de la conférence de presse du 17 janvier 2008, sans même en avoir informé la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, il est vrai parfaite bénie-oui-oui. Suppression de la publicité, donc. Pour quoi faire ? Double avantage : faire plaisir à Martin Bouygues, parrain du fils de Sarkozy et propriétaire de TF1. Les annonceurs qui ne passeront plus sur le service public vont aller garnir le portefeuille des chaînes privées. La Tribune peut dès lors titrer : Sarkozy prêt à supprimer la pub sur les chaînes publiques, TF1 et M6 s'envolent  : leurs actions en bourse grimpent ce jour-là respectivement de 11,97% et de 7,46% à 17,7 euros. Deuxième intérêt : en privant France Télévisions de 30% de ses ressources, on rend le service public d'autant plus dépendant de l'État, ce qui prélude à une reprise en main politique. Que réclame en effet le président ? Qu'il lui appartienne désormais personnellement de nommer le patron de France Télévisions, pas moins !

"C'est un véritable déni de démocratie. On retourne quarante ans en arrière !", proteste sur Le Post Alain Téaldi, président de l'intersyndicale de France Télévisions et grand reporter à France 3. L'opposition politique partage son indignation : "Le service public, s'il est pieds et poings liés au budget de l'Etat, c'est plus de dépendance à l'égard du pouvoir politique, donc c'est une perte de liberté", constate le député socialiste Arnaud Montebourg, dénonçant la "propagande du pouvoir, l'utilisation des médias comme arme de guerre" ; "Le service public devient directement dépendant de l'Etat : son patron va être nommé par le pouvoir, et ses financements dépendront chaque année du bon vouloir des gouvernants. Quelle marge de liberté restera-t-il à la télévision ? En réalité aucune", juge pour sa part François Bayrou, anne souyrisprésident du Modem  : "Tout ceci serait impossible dans des démocraties de plein exercice. On a rarement vu un plan aussi déterminé de mise sous contrôle de la télévision" ; Anne Souyris, porte-parole des Verts, parle de "procédé digne de Berlusconi" : "La nomination du président de France Télévisions par le gouvernement est une régression démocratique et un danger pour l'indépendance des médias, déjà fortement mise à mal en France. Ce n'est pas pour renforcer la qualité des chaînes publiques qu'on supprime leurs subsides publicitaires, mais pour mieux contrôler les chaînes publiques et acheter à bon prix la bienveillance des chaînes privées, dont TF1" ; jusqu'à l'ancien ministre socialiste Jack Lang, qui délaisse son rôle de bouffon pour emboîter le pas de la jeune femme avec cette analyse lucide : "il n'est pas impossible que derrière toutes ces réformes il y ait la volonté d'une double mainmise : mainmise via le service public (...) et mainmise à travers des amis du pouvoir ici ou là dans les chaînes privées". Pas impossible, dit-il ?

Comment donc le pouvoir justifie-t-il cette formidable régression ? En une grotesque défense, résumée dans la bouche du Premier ministre François Fillon : "Je pourrais développer longuement devant vous tout le caractère hypocrite du système actuel de csanomination du président de France Télévisions". Actuellement, cette prérogative appartient au Conseil supérieur de l'audiovisuel. Un CSA dont tous les membres ont été nommés par la droite, qui est présidé par Michel Boyon, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin (UMP). Il comprend parmi ses huit autres membres Alain Méar, ancien directeur de cabinet du président du sénat Christian Poncelet (UMP) - et nommé au CSA par ce dernier ! -, Elisabeth Flüry-Hérard, ancienne conseillère au cabinet du ministre Jacques Toubon (UMP) et Marie-Laure Denis, ancienne directrice-adjointe du cabinet du maire de Paris Jean Tibéri (UMP), puis directrice adjointe du cabinet du ministre Jean-François Mattéi (UMP) et ensuite directrice du cabinet du ministre Christian Jacob (UMP). Les autres sont Michèle Reiser, journaliste auteur de deux très complaisants documentaires sur Alain Juppé (UMP), diffusés en 1996 sur France 3 et en 2002 sur France 5, et d'un autre non moins lèche-bottes sur Jean-Claude Gaudin (UMP), Agnès Vincent-Deray, auteur de l'immortel Bernadette Chirac, première dame de France (France 3), nommé ensuite par le mari de cette dernière, et enfin Rachid Arhab, journaliste à qui l'on n'a rien à reprocher... si ce n'est de servir d'alibi à une assemblée aussi unanimement couleur bleu horizon. En mettant le doigt sur l'hypocrisie du système actuel, Fillon reconnaît donc que l'organisme chargé de veiller à l'indépendance et la pluralité de l'information est en réalité totalement soumis à la droite. Il est clair qu'une nomination directement par Sarkozy est moins hypocrite, mais le but est-il bien, sous prétexte de transparence, de parvenir à l'asservissement politique total ? Manifestement incohérent, le Premier ministre objecte : "il y aura un double contrôle, celui du CSA et celui du Parlement". Or il vient de dire que la nomination par le CSA est hypocrite ! Et que penser de l'hypothèse qu'une Assemblée où l'UMP est largement majoritaire s'oppose à la nomination faite par le chef de l'État ? À hypocrisie, hypocrisie et demie. Voilà donc comment la démocratie française va désormais garantir la pluralité et l'indépendance de ses médias télévisuels : avec les amis de Sarkozy à la tête des chaînes privées et... les amis de Sarkozy à celle du service public. Heureusement, il restera la presse écrite et des journaux d'opposition comme Libération, qui offre la Une et six pages complaisantes à Carla Bruni-Sarkozy : on est sauvé !

Images aléatoires

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Libération d'Ingrid Betancourt: ce que ne dit pas la version officielle

Hollywood aura du mal à scénariser la libération d'Ingrid Betancourt. Le gouvernement colombien, avec l'aimable participation des Etats-Unis et d'anciens des services secrets israéliens, s'est déjà chargé de nous offrir un véritable conte de fées, prenant parfois les allures d'une bluette de série B. Les médias prennent leurs lecteurs et leurs téléspectateurs pour des imbéciles en persistant à raconter sans le moindre recul, sauf celui de notre confrère Gilles Perez, et avec des trémolos dans la voix, le succès de « l'opération militaire » réussie par l'armée colombienne.

Ce n'est pas remettre en cause le courage d'Ingrid Betancourt, le plaisir d'apprendre enfin sa libération, ni son extraordinaire volonté de surmonter ses souffrances. Ce n'est pas minimiser le soulagement de ses familles. Mais le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d'armes, ce qui n'est qu'une reddition d'un groupe des FARC.

Car ce groupe, il y a un peu plus de trois mois, avait fait savoir aux autorités colombiennes, qui s'en firent officiellement l'écho plus tard, qu'il était prêt à se rendre. Et qu'il était prêt à rendre les otages sous son contrôle, en échange d'une immunité et d'un départ en exil pour la France.

C'est vers la fin du mois de mars, comme le quotidien El Tiempo s'en fit l'écho avec l'interview d'un prêtre, que le groupe chargé de la garde d'Ingrid Betancourt et des trois « militaires américains » (nul ne les a vus d'ailleurs depuis leur libération mercredi) a officialisé ses contacts avec le gouvernement colombien. Le marché proposé par quelques chefs fatigués et désorientés était clair : la livraison de la quinzaine d'otages contre de l'argent et l'immunité.

Les différents recoupements effectués auprès de journalistes de Radio Caracol, la radio qui diffuse tous les jours des messages à l'intention des otages, de l'agence de presse Anncol (réputée proche des FARC) et de journalistes colombiens qui ne veulent pas s'attirer les foudres de la présidence de leur pays, permettent de reconstituer l'histoire d'une reddition transformée en opération militaire. Succès militaire qui permet opportunément de renforcer l'image de l'armée et d'un président par ailleurs occupé à faire modifier la constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois à la prochaine élection présidentielle.

Dès le mois de mars, de premières indications sur l'opération engagée

Le 25 mai donc, le lendemain de l'annonce de la mort du vieux chef des FARC, Manuel Marulanda, le président Uribe, au cours d'une réunion informelle avec des citoyens, déclara officiellement que le groupe de guérilleros qui gardait Ingrid Betancourt et les trois Américains était prêt à les relâcher en échange de l'immunité et d'une récompense. Pour le président il s'agissait de prévenir les fuites dans la presse sur une opération de « retournement » déjà engagée depuis au moins deux mois.

C'est en effet le 27 mars, au lendemain de la mort du chef des FARC, que El Tiempo, journal proche du gouvernement, publie sa première allusion à cette manœuvre. Il s'agit alors de mettre à profit la lassitude de nombreux guérilleros désorientés par la mort de Raul Reyes. Le vieux chef a été liquidé le samedi 1er mars par un missile frappant son camp situé moins de deux kilomètres à l'intérieur du territoire de l'Equateur.

Dans l'un des trois ordinateurs de Raul Reyes, chargé habituellement de négocier avec divers intermédiaires, avec la Croix-Rouge, avec le président équatorien et Hugo Chavez, les services de renseignements de l'armée colombienne, aidés par leurs conseillers américains, ont rapidement découvert le moyen de contacter le groupe chargé d'Ingrid Betancourt et de localiser la zone où il se cachait. A ce moment, d'ailleurs, un premier mécanisme de libération de la Franco-Colombienne était en cours de réalisation.

L'ambassadeur de France en Equateur l'a laissé entendre quelques jours après la mort de Raul Reyes. Paris savait alors que le négociateur des rebelles avait établi un camp provisoire en territoire équatorien. Il était en contact étroit avec la France et les gouvernements équatoriens et vénézuéliens. Le détachement présent sur le territoire équatorien, expressément autorisé par les émissaires du président Rafael Correa, avait pour mission d'organiser le transfert des otages, depuis cette zone frontière.

Surtout, Raul Reyes, responsable de la communication de la guérilla, souhaitait changer d'interlocuteur, les interventions bruyantes du Vénézuélien Hugo Chavez risquant de remettre en cause l'éventuelle libération des membres des FARC emprisonnés en Colombie. C'est en tous les cas ce qu'auraient rapporté aux services spéciaux équatoriens deux membres des FARC, rescapés de l'attaque du camp.

Ces deux membres ont confirmé que des éléments équatoriens armés avaient fourni une aide logistique permettant à la guérilla d'installer un poste de commandement et de communication provisoire. Ces deux rescapés ont depuis été mis en sûreté dans les environs de Quito, la capitale du pays.

La Colombie fait échouer un processus de libération via l'Equateur

Ces deux guérilleros ont décrit la précision de l'attaque qui a détruit ce camp, attaque à laquelle ils ont échappé parce qu'ils s'étaient éloignés de quelques centaines de mètres. Ils ont raconté que cinq bombes ont frappé simultanément la vingtaine d'hommes qui y vivaient depuis quelques jours. Selon plusieurs sources, ces bombes ou missiles n'ont pas été largués par des avions colombiens mais par des appareils américains volant à haute altitude. Ils ont été guidés par le faisceau d'ondes émis par l'un des téléphones satellites utilisés par Raul Reyes.

Ayant réussi à se procurer quelques jours auparavant le numéro de ce téléphone, et en accord avec le gouvernement colombien, les responsables américains ont estimé nécessaire de mettre un terme à la négociation qui était sur le point d'être finalisée. La libération d'Ingrid Betancourt était alors programmée pour le 8 mars, journée internationale de la femme.

L'objectif de cette attaque, toutes les informations et tous les indices l'indiquent, était de remettre en cause la libération d'une otage médiatique. Car, dans ces conditions, cette libération aurait redoré la réputation d'une guérilla en perte de vitesse; elle aurait été portée au crédit de l'Equateur, du Venezuela et de la France. La mort, dans des conditions mal éclaircies, le vendredi 7 mars, d'un autre dirigeant des FARC, Yvan Rios, ne pouvait qu'accentuer la tentation de rupture de tout processus de négociation.

Si ces deux opérations ont été concertées, il est évident qu'elles visaient à affaiblir la fraction des guérilleros désireuse de sortir de l'impasse et de négocier les libérations. Le président Correa de l'Equateur déclara alors publiquement : « Regardez la bassesse d'Alvaro Uribe, il savait qu'en mars douze otages allaient être libérés, parmi eux Ingrid Betancourt. Il le savait et il a utilisé ses contacts pour monter ce traquenard et faire croire au monde qu'il s'agissait de contacts politiques et pour lancer un écran de fumée sur son action injustifiable. »

Une négociation directe avec le groupe détenant Ingrid Betancourt

 

Une autre partie de poker politique pouvait alors être engagée par les Colombiens. Elle consista à prendre contact directement avec le groupe identifié gardant Ingrid Betancourt, et à le convaincre que la reddition était la meilleure des solutions.

 

L'armée se rapprocha d'eux; elle cessa de harceler ce groupe d'une centaine de personnes. Ce qui lui a permis de se procurer plus facilement des médicaments et des provisions, pour les guérilleros et pour les otages. D'où l'apparence de meilleure santé des otages libérés mercredi : ils ont eu le temps de reprendre des forces, même s'ils n'étaient évidemment pas conscients de ce qui se tramait.

 

Il n'y a eu, en dépit de la version officielle, aucune infiltration des services spéciaux militaires. Simplement, avec l'aide logistique (et notamment le support de drones) américaine, le groupe a été suivi jour après jour pendant que se préparait par radio, et par l'intermédiaire d'un émissaire, le scénario de reddition. Scénario reposant, comme l'a expliqué Ingrid Betancourt, sur une évacuation de sécurité par une ONG imaginaire. De quoi faire admettre, à ceux qui n'étaient pas dans le secret, l'arrivée de plusieurs hélicoptères, puisque les FARC ne disposent pas de ce type de moyens aériens.

Il a évidemment fallu plusieurs semaines pour qu'un maximum de chefs du groupe soient convaincus. La condition de ce groupe des FARC étant d'abord l'impunité promise et l'assurance qu'aucun coup de feu ne serait tiré. Le contrat a été respecté. Vers le 15 juin, le gouvernement colombien a fait demander à la France si l'offre d'accorder l'asile aux rebelles, offre faite tant par Nicolas Sarkozy que par François Fillon, tenait toujours. La réponse ayant été positive, la phase finale de l'opération a été mise en route sans que les rebelles aient à se déplacer, les otages étant à peu près désormais « présentables ».

Il ne restait plus, au moment du dénouement, qu'à accréditer l'invraisemblable version d'une opération militaire surprise, résultat d'une opération d'infiltration. La réalité est moins glorieuse pour l'armée colombienne. Mais l'essentiel est la liberté d'Ingrid Betancourt et de ses quatorze compagnons de captivité.

Ingrid Betancourt rejette l'hypothèse d'une rançon ???

"Je ne pense pas que ce que j'ai vu soit une mise en scène", a affirmé l'ex-otage, en réponse à l'information de la Radio Suisse Romande selon laquelle 20 millions de dollars auraient été versés aux Farc en échange des 15 otages.

Ingrid Betancourt a rejeté vendredi 4 juillet l'hypothèse selon laquelle une rançon de quelque 20 millions de dollars aurait été versée aux Farc en échange de sa libération et de 14 autres otages.
Lors d'une conférence de presse à Paris, l'ex-otage a estimé que la réaction des protagonistes de l'opération, et notamment celle de son geôlier, le commandant "Enrique", au moment de sa neutralisation, ne pouvait être factice.
"J'ai dans la mémoire l'impression que m'a fait le geste que m'a fait cet homme accroupi par terre, les yeux bandés, les mains dans le dos, poings et pieds liés", a-t-elle déclaré. "Je ne pense pas que quelqu'un qui ait pu recevoir une rançon puisse avoir une expression comme celle-là".

"Il y avait un degré de tension"

"Franchement, honnêtement, dans mon coeur, je ne pense pas qu'on puisse me duper facilement. Je ne pense pas que ce que j'ai vu soit une mise en scène. Il y avait un degré de tension", a-t-elle ajouté.
Selon la Radio suisse romande, citant une "source fiable", Ingrid Betancourt et les 14 autres otages des FARC n'auraient pas été libérés au cours d'une action militaire, mais grâce à une "opération de retournement et d'infiltration de leurs gardiens", dans le cadre d'une transaction de "quelque vingt millions de dollars".
A ces supputations, Ingrid Betancourt a opposé la réaction au moment du sauvetage des otages et des soldats de l'armée colombienne qui ont mené l'opération.

"La joie n'était pas fictive"

"C'était tellement stressant que mes camarades ont résisté. Ils ne voulaient pas monter dans l'hélicoptère. Nous avions la sensation totale qu'on était pris dans un piège lorsque l'hélicoptère a décollé et que les deux commandants ont été neutralisés. La joie de nous tous et surtout la joie de ceux qui avaient commandé l'opération n'était pas fictive", a-t-elle affirmé.
"Si ces personnes là avaient su d'avance que l'opération était un succès parce que les gens n'allaient pas opposer de résistance et que donc leur vie ne courait pas de risque, l'intensité du bonheur n'aurait pas été la même", a-t-elle conclu.

Une rançon de 20 millions de dollars ?

L'ex-otage réagissait à une information de la Radio Suisse Romande (RSR), citant une source "proche des évènements", qui affirme, que des dirigeants des Forces armées révolutionnaires colombiennes auraient touché environ 20 millions de dollars pour libérer Ingrid Betancourt et les 14 autres otages.
"Les 15 otages ont en réalité été achetés au prix fort, après quoi toute l'opération a été mise en scène", a rapporté la radio publique dans son journal de la mi-journée, citant "une source proche des événements, fiable et éprouvée à maintes reprises ces dernières années".
La radio ajoute que ce seraient les Etats-Unis, dont trois agents ont été libérés mercredi, qui seraient "à l'origine de la transaction".
La Suisse a été chargée ces dernières années avec l'Espagne et la France, par le président colombien Alvaro Uribe, d'une mission de médiation avec les Farc.
Pour sa part, Paris assure n'avoir versé aucune rançon.

Intermédiaire

La RSR assure que quelque 20 millions de dollars ont été versés aux ravisseurs. La radio précise par ailleurs que les Etats-Unis, dont trois agents ont été libérés mercredi, étaient "à l'origine de la transaction".
C'est l'épouse de l'un des gardiens des otages qui a servi d'intermédiaire pour la transaction, après avoir été arrêtée par l'armée colombienne. Réintégrée au sein des Farc, elle a obtenu de son mari qu'il change de camp, a expliqué la radio.
La "mise en scène" de la libération des otages permet selon la radio suisse au président colombien Alvaro Uribe "de s'en tenir à sa ligne qui exclut toute négociation avec les rebelles tant que les otages ne sont pas libérés".
"Ce coup d'éclat lui permet de redorer son blason" alors qu'il a demandé l'organisation d'une élection présidentielle anticipée, selon la RSR.

La France assure ne pas avoir participé

La France a affirmé vendredi n'avoir versé aucune rançon à la guérilla des Farc pour la libération d'Ingrid Betancourt.
"La réponse est très simple : non", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Eric Chevallier, interrogé pour savoir si Paris avait versé de l'argent à la guérilla colombienne.
"N'ayant pas été associés à cette opération, nous n'avons pas été associés à ses modalités de financement, si tant est qu'il y ait eu des modalités de financement", a-t-il ajouté.

Gérard Filoche présente sa contribution

Le chef de file du courant Socialisme et démocratie au PS a déposé une contribution appelant à un "programme d'urgence sociale" et à l'unité de la gauche".

Gérard Filoche, chef de file du courant Socialisme et démocratie au PS, a à son tour déposé sa contribution pour le congrès de Reims, mercredi 2 juillet, dernier jour de dépôt des contributions . Intitulé "D'abord redistribuer les richesses", le texte, qui appelle à un "programme d'urgence sociale", est soutenu par 500 socialistes de 65 fédérations. Il est aussi présenté par deux autres responsables socialistes : Eric Thouzeau et Catherine Touchefeu. Près d'une vingtaine de contributions générales ont été reçues et sont présentées au conseil national mais elles doivent être au préalable validées par la commission de préparation du congrès.

Pour une "unité de la gauche"

Il faut "redistribuer les richesses, augmenter les salaires et les retraites, réaliser le plein emploi, reconstruire les services publics et développer la démocratie à l'échelle nationale, européenne et mondiale", préconise Gérard Filoche. Il appelle également à "l'unité de la gauche" et propose un "débat public pour aboutir à un compromis, entre toutes les forces de la gauche sur un programme de législature" qui "permettra de choisir, par des primaires à gauche, une candidature commune" pour 2012.
Il souhaite que "l'essentiel" de son programme figure dans une "motion à vocation majoritaire", rassemblant toutes les sensibilités qui "veulent ancrer le Parti Socialiste à gauche, qui veulent une union de la gauche autour d'un programme de législature, par opposition à toute alliance avec la droite, Modem inclus"

Clarté, courage, créativité: choisir maintenant pour agir demain

La contribution de bertrand Delanoé

Si nous le voulons vraiment, nous pouvons réussir un grand congrès qui marque les Français, un congrès de vérité illustrant notre capacité à faire des choix et à inventer. Dans l'hypothèse inverse, ce n'est pas seulement notre famille qui sortirait affaiblie du rendez-vous de Reims, mais toute la gauche et au bout du compte, notre vie démocratique.

A travers cette contribution nous souhaitons susciter une dynamique majoritaire et cohérente. Car nous voulons que les socialistes puissent éprouver de la fierté au sortir de ce congrès, clairs dans leurs convictions, courageux et crédibles dans leurs propositions, unis et motivés dans leur combat.
A l'heure où les Français affrontent à la fois souffrance sociale et perte de repères, nous devons incarner à leurs yeux une force d'opposition utile pour aujourd'hui et un mouvement d'alternance convaincant pour demain.
Pour cela, nous devons prendre la mesure des défis de notre temps, ce qui implique de travailler, ensemble, et de changer, vraiment.

Car le monde, lui-même, change. Les crises qui s'agrègent - sociale, alimentaire, financière, environnementale - sont les symptômes d'un seul et même basculement dans un autre temps. Notre modèle de développement est à bout de souffle. Le capitalisme, à l'échelle mondiale, atteint ses limites. La crise financière conduit même les pays qui y étaient le moins enclins à redécouvrir les vertus de la puissance publique : au Royaume Uni, on nationalise des banques pour éviter la ruine des petits épargnants et la Réserve fédérale américaine vole au secours des marchés boursiers. D'évidence, la régulation apparaît comme une nécessité impérieuse.

Face à la profondeur et à l'accélération de ces bouleversements, le quotidien de nos concitoyens est devenu très difficile, jusque dans ses dimensions les plus élémentaires : se loger, se nourrir, se déplacer. La vie est de plus en plus chère, de plus en plus injuste, les conditions de travail de plus en plus âpres. Tandis qu'en un an la rémunération des patrons du CAC 40 a augmenté de 54%, les salaires des Français n'ont progressé que de 2,7%, soit... 0,4% de moins que l'inflation.

Nous sommes donc à la croisée des chemins. Si les récentes élections municipales et cantonales ont vu les citoyens témoigner leur confiance à notre famille politique, n'oublions jamais que, lors d'échéances nationales, nous n'avons été majoritaires que trois fois - 1981,1988, 1997 - en cinquante ans de Vème République, quand la droite l'a été quatorze fois. Nous avons subi, en 2002 puis en 2007, deux défaites consécutives, qui trouvent des explications distinctes mais aboutissent au même résultat : la victoire de la droite et la poursuite de politiques qui creusent les inégalités et affaiblissent la France. En 2002, dans l'opinion, s'était largement installée l'idée fausse selon laquelle « la droite et la gauche, c'est la même chose ». S'y ajoutaient les effets destructeurs de la division à gauche. En 2007, c'est plutôt la crédibilité de notre projet qui a souffert de la comparaison avec celui de notre concurrent.

Conclusion : la démocratie a besoin de contenus clairement différenciés, et qui s'inscrivent dans le réel. L'ambition de l'alternance ne pourra résulter que d'une identité progressiste parfaitement assumée, et d'un projet capable d'influer sur le cours des choses.

Nous devons donc nous prémunir contre une tentation : celle de devenir la coalition des pouvoirs locaux. Nous n'avons pas à nous installer dans une cohabitation d'un style nouveau, où la droite aurait « vocation » à gérer l'Etat et nous, les collectivités locales. Nous devons dès maintenant nous préparer à assumer le gouvernement de la France, en conduisant des réflexions dignes de l'enjeu. Notre mission est de gagner les élections nationales.

Tel doit être le sens de notre congrès : nous donner les moyens de montrer aux Français que nous avons une ambition et des réponses à proposer à la France, à sa société, à sa jeunesse, à ses familles, à ses salariés, à ses chômeurs, à ses entrepreneurs, dans un monde qui, faute de sens, devient tout simplement immoral.

Comment ? D'abord en étant fidèles à nos valeurs. L'immobilisme est un fléau, mais l'ingratitude est un leurre : on ne révèle pas sa modernité en se contentant de dénigrer son propre héritage. L'essentiel est plutôt de démontrer notre aptitude à lui donner un prolongement convaincant, ce dont nous avons été incapables, ces dernières années. Et pourtant nous sommes les héritiers d'une gauche au pouvoir, d'une gauche gestionnaire, qui, devant les épreuves, a su, si souvent, rapprocher le réel de son idéal. Avec, dans des ordres d'idées bien différents, des réformes aussi fondamentales que l'abolition de la peine de mort, la décentralisation, le RMI, la CSG, la CMU, la loi SRU, la parité, le PACS, et tant d'autres, la gauche, malgré ses faiblesses, ses doutes et ses insuffisances, a contribué à faire entrer notre pays dans la modernité.

Ce réformisme, nous devons l'assumer. La contradiction entre les actes et les mots est l'une des sources les plus sûres de l'inertie. Puisque, depuis plus de vingt ans, le Parti socialiste accepte l'économie de marché dans ses décisions quand il est en responsabilité, il lui reste à l'accepter dans son langage, en tant qu'opposant. Et si nous renoncions, enfin, aux schizophrénies idéologiques qui séparent ce qui devrait être intimement associé, la justice et le mérite, la liberté et l'égalité ?

« Il n'y a de justice sociale que par la liberté républicaine », disait Jaurès. La conquête des libertés est notre combat, et il est loin d'être achevé. Nos adversaires sont le conservatisme, la rente, la spéculation, le privilège, l'égoïsme social, l'autoritarisme, le fondamentalisme religieux, le préjugé raciste ou antisémite, le terrorisme, la discrimination sexuelle ou ethnique, les mafias et la nouvelle délinquance mondiale. Ces menaces sont multiformes et puissantes. La Déclaration de principes du parti est un premier pas sur le chemin de la rénovation. Nous reconnaissons dans ce texte l'efficacité du marché pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés. Nous y affirmons notre engagement pour la conquête de nouvelles libertés au service des citoyens. Nous critiquons en revanche la propension du capitalisme financier à déplacer la prise de risque des actionnaires vers les salariés. Nous disons que, sans régulation, la stricte logique de marché est porteuse d'injustices, d'atteintes à la cohésion sociale et de tendance au monopole et à la rente.
L'illustrent les menaces insupportables que les déséquilibres financiers font peser sur les pays pauvres. La mondialisation permet à de nouveaux acteurs de peser sur la scène internationale. La France elle-même peut en bénéficier. Mais sans régulation, elle engendre des mutations brutales et de nouvelles inégalités. Il faudra donc innover. Mais d'abord dire la vérité. Car nos débats n'auront de sens que s'ils nous permettent d'inventer vraiment des solutions, pour être le parti de la justice sociale et d'une efficacité de gauche.

La vérité, aujourd'hui, c'est que notre pays va mal. L'injustice s'installe comme un fait, voire comme une norme. Le travail est de plus en plus précaire, selon la volonté d'un gouvernement aux méthodes brutales. Les richesses sont de moins en moins partagées. La fiscalité n'est plus l'arme d'une redistribution légitime, mais l'instrument qui conforte les injustices de la naissance. Ce pouvoir ajoute à la crise son incompétence et sa désinvolture. Donner l'illusion de l'énergie n'a jamais contribué à préparer l'avenir. Pendant ce temps, la France prend du retard.

De nouvelles lignes de fracture sociale se dessinent, selon que l'on soit en CDI ou en CDD, à temps plein ou à temps partiel, sans papiers ou avec papiers, que l'on travaille dans un grand groupe ou dans une PME, que l'on appartienne à une minorité visible, que l'on soit une femme ou un homme, que l'on ait plus de cinquante ans, que l'on soit handicapé... Pour les uns, la possibilité de bénéficier dans de bonnes conditions des avantages de l'économie mondialisée. Pour les autres, une réalité éprouvante, la ségrégation urbaine, la vie chère, les trajets de plus en plus longs, la difficulté de trouver des moyens de garde et d'éducation satisfaisants pour ses enfants, l'insécurité. Pour d'autres encore, la désertification du territoire, le départ des entreprises et des services publics, le déclin démographique. L'ascenseur social est en panne, le système scolaire n'offre pas les mêmes chances selon l'origine ou le lieu de résidence.
Les banlieues, dont seules les révoltes sporadiques focalisent l'attention, sont minées par le chômage de masse, l'échec scolaire, et pour beaucoup, le désespoir, alors que ces villes recèlent des trésors de jeunesse, de créativité et de motivation. Le défi auquel nous sommes confrontés est de construire de nouvelles solidarités tout en conduisant l'adaptation nécessaire du pays à la nouvelle phase de l'économie mondialisée.
Nous devons donc réviser en profondeur nos politiques sociales et fiscales, avec pour fils conducteurs, une égalité réelle des chances et l'autonomie durable de l'individu.

Nous avons à proposer une autre voie à la France, à lui prouver qu'elle n'est pas condamnée au sarkozysme, ce bonapartisme saugrenu au conservatisme agressif. Nous devons être, à gauche, le pôle autour duquel se crée une dynamique nouvelle et féconde. Pour cela, nous devons d'abord être au clair avec nous-mêmes, afin de rassembler les forces progressistes qui aspirent également au changement.
Sans complexe, affirmons notre identité et nos convictions. Chassons de notre esprit l'illusion selon laquelle notre renouveau pourrait découler d'alliances à géométrie variable, qui, au contraire, nous affaibliraient. Un mouvement politique solide assume le rapport de forces. Cela vaut également à l'égard d'une extrême gauche dont l'audience révèle un mal être social à prendre en compte.

Nous devons convaincre des citoyens souvent désespérés que le levier du réformisme est seul porteur de progrès, là où des appareils politiques strictement réfugiés dans l'incantation assument une forme d'impuissance. L'opposition stérile entre un idéal sans pratique et une pratique sans idéal, n'offre en vérité aucune perspective. Ce n'est ni dans la rhétorique de la gauche extrême, ni dans un Parti socialiste qui renierait ses valeurs que nous construirons notre avenir.

Oui, nous devrons changer. Barack Obama a soulevé un espoir considérable aux Etats-Unis autour de cette idée-là : le changement. Que les socialistes français, eux aussi, lui rendent son sens et sa portée, et qu'ils donnent à tous des raisons de croire en un autre avenir. La France dispose de nombreux atouts. Il n'y a donc pas de fatalité. Seuls l'immobilisme et la passivité sont source de déclin. Les Français ont la capacité de trouver une réponse collective aux défis contemporains. Nous avons la volonté que le Parti socialiste joue un rôle clé dans cette démarche de progrès. Celle-ci désigne à la fois la promotion de l'égalité réelle des chances, l'accompagnement de l'autonomie durable des individus et des familles, la construction d'un Etat moderne et efficace, mais aussi un mode de développement respectueux de la planète et de son avenir. S'y intègre également une vie culturelle que l'actuel pouvoir ignore tragiquement, alors qu'elle est au cœur de l'identité d'une société et de son degré de civilisation.

Les citoyens français aspirent à une participation politique plus active, comme dans beaucoup d'autres pays. L'exigence civique tend à passer de la concertation à la négociation et de la négociation à la codécision. Les technologies numériques et Internet ont ouvert un extraordinaire espace de libertés : libertés de s'exprimer, d'accéder à l'information et au savoir, mais aussi de créer et d'innover. Cette société de la connaissance ouverte, que les socialistes appellent de leurs vœux, transforme en profondeur les relations entre militants, sympathisants et citoyens. Les réseaux d'échange et de discussion dessinent les contours d'une élaboration politique d'un genre nouveau que le Parti socialiste ne peut pas ignorer. Il doit au contraire s'engager sur la voie d'un nouveau style de travail collectif associant expertise, expérience et militantisme, donnant un statut clair et précis aux sympathisants et travaillant sans concession sur les sujets les plus exigeants. Il doit faire appel aux think tanks progressistes, publier des livres blancs, les mettre en débat sur Internet, et organiser d'authentiques délibérations politiques qui débouchent sur des décisions des instances légitimes de notre parti. Celui-ci doit être un parti de militants et non de supporters. Il doit, dans le même temps, s'ouvrir aux nouvelles revendications, proposer des procédures attractives à nos concitoyens qui veulent s'engager et débattre sans adhérer, il doit écouter et comprendre la société d'aujourd'hui avec ses contradictions, ses attentes et ses espérances. Le moment est venu.
L'esprit dans lequel nous abordons le congrès de Reims est à la fois humble, déterminé et résolument collectif comme l'illustre l'élaboration même de cette contribution : nous avons choisi de partager notre expérience et nos convictions avec loyauté, d'identifier les défis avec clarté et de chercher des solutions avec honnêteté. Nous n'avons pas d'adversaire dans le Parti. Mais nous avons un but : préparer le retour de la gauche au pouvoir, pour mieux servir les Français.

Téléchargez la contribution :

http://www.clarte-courage-creativite.com/
Ségolène Royal part au combat contre le "clan Sarkozy"

L'ex-candidate à la présidentielle a présenté sa contribution en vue du congrès du PS et fustigé le chef de l'Etat.

"Combattre la mainmise du clan Sarkozy sur la France". La première des sept têtes de chapitre de la contribution de Ségolène Royal annonce la couleur: les querelles entre socialistes sont dépassées, il faut maintenant concentrer toutes les attaques en direction du locataire de l'Elysée... afin de pouvoir y accéder en 2012.

Avant cela, il y a le congrès socialiste de Reims en novembre et la bataille à mener pour le poste de Premier secrétaire du parti. A l'inverse des autres gros bonnets du PS -Laurent Fabius, Dominique Strauss-Khan et Bertrand Delanoë-, elle s'est officiellement lancée dans la course, il y un peu plus d'un mois. Le deuxième acte de sa candidature avait lieu ce samedi, à Paris, avec la présentation de sa contribution.

Loin de l'austérité des présentations des motions, cette semaine également, de Martine Aubry, Pierre Moscovici ou encore Manuel Valls, Ségolène Royal a opté pour le show. Une Maison de la chimie qui déborde, une foule d'adhérents chauffée à blanc, des applaudissements à tout rompre ponctuant chaque fin de phrase. Jean-Pierre Mignard, président de son réseau Désirs d'avenir, n'a pas peur de l'hyperbole:

"Nous sommes en train de faire le premier grand meeting d'opposition contre le pouvoir en place depuis un an!"

"On se croirait en avril 2007", me glisse aussi une consœur. Il est vrai que tout y est: les mêmes cadres de la campagne présidentielle (Jean-Louis Bianco, François Rebsamen, Vincent Peillon), les mêmes jeunes trentas (Najat Belkacem, Delphine Batho, Aurélie Filippetti), les mêmes spécialistes (le lobbyiste Pascal Tallon, l'économiste Thomas Piketty).

Pas un mot en direction des autres camarades

Et comme toute bonne candidate "aux prochaines échéances électorales", elle a invité nombre de personnalités. L'agent des stars Dominique Besnehard, la metteuse en scène Ariane Mnouchkine, ou encore le journaliste Edwy Plenel. Le président de Mediapart, qui avait juré que la lettre de soutien de Ségolène Royal à Mediapart n'était qu'une adhésion politique à son site parmi d'autres de sensibilités différentes, va avoir du mal à prononcer un discours aussi antisarkozyste lors d'un meeting UMP.

Les noms des camarades qui ont quitté le navire Royal depuis la défaite au second tour de la présidentielle sont tus. Pas un mot de l'ami intime Julien Dray, adversaire pour le poste de Premier secrétaire, qui a déclaré pas plus tard que vendredi sur RMC être "en désaccord tant sur le plan de la philosophie de la vie que sur les aspects politiques". Rien non plus sur Arnaud Montebourg, son ancien porte-parole parti s'acoquiner avec le strausskhanien Pierre Moscovici. De toute façon, remarque une des proches de la présidente de Poitou-Charentes:

"L'odeur du succès va rapidement les allécher et les faire revenir aussi vite qu'ils sont partis."

"Sarkozy a besoin de la peur pour gouverner"

La seule et unique cible ce samedi s'appelait Nicolas Sarkozy. Et force est de constater que chacun des intervenants s'en est donné à cœur joie. Souvent avec brio. Du percutant témoignage du syndicaliste de la sidérurgie de Gandrange à la tranchante salve de la spécialiste des questions de sécurité, la députée socialiste Delphine Batho:

"Nicolas Sarkozy ne veut pas débarrasser la France de la violence car il a besoin de la peur pour gouverner."

Alors pour "patienter pendant ce long moment difficile", Ségolène Royal propose de rêver à une autre France, celle qu'elle propose. Moderniser les institutions en s'inspirant des politiques régionales menées par les présidents socialistes, créer enfin un impôt progressiste, continuer à parler aux banlieues, miser toujours plus sur la petite enfance, sauver l'hôpital public...

L'intitulé de la contribution de quarante-deux pages de Ségolène Royal pour le congrès socialiste de Reims est respecté à la lettre: "combattre et proposer".



Combattre et proposer
vous trouverez ici la contribution que nous déposons au Parti socialiste le 2 juillet. Elle est le résultat d'un long travail collectif, d'une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d'hommes politiques.

Vous pouvez y apporter votre signature en cliquant sur le lien prévu à cet effet. Soyons nombreux à porter le changement avec nous. »

Ségolène Royal


Télécharger la contribution (pdf)

Signer la contribution

(http://www.congresutileetserein.com)

Moscovici et Montebourg présentent leur "discours de la méthode"

Les strauss-kahniens et proches d'Arnaud Montebourg ont à leur tour présenté leur contribution commune pour le prochain congrès du Parti socialiste à Reims.

AVERTISSEMENT : Ce projet de contribution, soumis au débat interne, pose les enjeux de la période et présente nos exigences en vue d'un Congrès réussi. Cette version intègre une première synthèse des amendements.


Besoin de gauche

Introduction

Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, les Français, à qui l'on avait promis croissance et pouvoir d'achat, n'ont ni l'une, ni l'autre. Défiants à l'égard d'un pouvoir brouillon qui leur a menti, ils nourrissent de vives inquiétudes pour leur avenir et celui de leurs enfants, dans un contexte international de ralentissement économique majeur et de crise écologique et alimentaire sans précédent.

Alors que chaque jour illustre les excès d'un capitalisme libéré de toute règle, notamment l'hypertrophie financière au profit d'une hyperclasse mondiale qui s'enrichit à coup de stock-options et de parachutes dorés d'un montant démesuré, la gauche peine à proposer, en Europe et dans le monde, une alternative économiquement crédible, socialement juste, électoralement viable. « Où est la gauche ? », entend-on de toute part. « Que propose-t-elle ? Réglerait-elle mieux que la droite les problèmes qui se posent ? »

La gauche française, alors qu'elle est devenue la championne des scrutins locaux, vient pour la seconde fois de perdre les élections générales. Sa dernière victoire à l'élection présidentielle remontera, en 2012, à près d'un quart de siècle.

Au-delà d'une alternative à l'UMP, que beaucoup de nos concitoyens espèrent et attendent, c'est la nouvelle gauche européenne qu'il faut faire émerger. Pour tracer les chemins d'une société moins dure, plus juste, plus solidaire, tout en répondant à la crise écologique par une préservation et une meilleure répartition des ressources rares, il s'avère indispensable de penser le monde, de prendre l'exacte mesure de l'expansion, depuis trente ans, du capitalisme globalisé. Les rapports entre les forces du travail et un capital en mutation accélérée doivent être conçus à partir d'une nouvelle articulation entre la cadre national et le cadre géopolitique pertinent qui, pour nous Français, sera nécessairement européen. Il s'agit de dégager de nouvelles marges de manœuvre, d'encourager la compétitivité dans les secteurs de l'économie confrontés à la concurrence internationale, tout en recherchant, dans les espaces non marchands, un haut niveau de services.

Tel est l'enjeu pour toute une génération de socialistes.

Notre Congrès doit surprendre. L'heure n'est plus aux accommodements, aux faux semblants, aux clivages dépassés ou aux querelles de personnes. Le temps qui s'ouvre est celui du renouveau. Nous voulons une nouvelle donne globale, pour offrir aux Français, bientôt, une nouvelle gauche.

Nous disposons désormais d'un socle commun : la déclaration de principes. Le Parti socialiste s'y accepte comme réformiste, attaché à la transformation sociale, écologiquement responsable, européen, laïque et féministe. C'est à partir de ces valeurs qu'il nous faut travailler, dans les deux prochaines années, à apporter des réponses concrètes aux problèmes des Français.

Plus que jamais, l'effort qu'il nous faut fournir est celui de l'adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d'action à l'époque et au monde d'aujourd'hui. L'avenir de la France, de l'Europe et de la planète est ouvert : il va nous offrir des chances nouvelles mais aussi nous exposer à des menaces. A nous de tirer le meilleur parti des premières tout en nous prémunissant efficacement contre les secondes.

A la fatalité, à la résignation qui inspirent le retrait de l'action publique prôné par les libéraux, nous devons opposer une volonté collective de prendre à bras le corps les défis du moment. Nous devons dénoncer le discours par lequel la droite se présente comme réformatrice quand nous serions des conservateurs. Contre le parti de l'ordre établi, nous devons à nouveau incarner le mouvement. Contre ceux qui prônent une troisième voie supposée exister entre socialisme et capitalisme, nous réaffirmerons nos idéaux de toujours : le bien-être et l'autonomie pour tous, la paix et le développement par la coopération, la préservation des ressources naturelles et des équilibres écologiques de la planète. Nous y ajouterons une exigence : proposer les moyens d'assurer la réalisation concrète de ces idéaux en ne se contentant pas d'une proclamation de principes.

Nous sentons qu'il y a, aujourd'hui, un besoin de gauche. Des émeutiers de la faim à ceux qui, en Europe ou en France, se mobilisent pour défendre la protection sociale et les services publics, tous appellent à une plus forte régulation des marchés et à une intervention publique renouvelée au service de la justice sociale.

Méfiants par tradition à l'égard de la personnalisation du pouvoir qui est au fondement même de la Cinquième République, nous refusons la présidentialisation du régime qu'accentue encore le mode d'exercice du pouvoir de Nicolas Sarkozy. Cette présidentialisation, nous en constatons tous les jours le caractère néfaste, voire choquant. Certes, le quinquennat a fait de l'élection présidentielle le scrutin qu'il faut gagner : sans cette victoire, un succès aux élections législatives est devenu inconcevable. Mais cet impératif ne nous contraint nullement à choisir notre candidat plus de trois ans à l'avance.

Nous refusons donc la présidentialisation du parti, qui est étrangère à notre culture. Nous doutons fort, au demeurant, qu'elle facilite l'élaboration d'une doctrine, le nécessaire renouvellement des équipes et l'efficacité de l'organisation, qui sont aujourd'hui nos priorités.

Le Congrès de Reims doit être le point de départ d'un travail dans la durée, qui vise à rendre à la gauche sa crédibilité. Respectons les échéances. L'urgence, pour nous, est de définir un programme de travail sincère. C'est ce que nous proposons. Il reviendra au prochain Premier secrétaire et à l'équipe dont il s'entourera de le mettre en œuvre, en s'attachant à mobiliser l'énergie de tous les adhérents.
Menons la réflexion de fond, en nous appuyant sur ce qui a toujours fait notre richesse : le débat collectif. Ouvrons-nous sur la société. Recréons une offre de gauche. Et surtout, faisons mentir l'idée selon laquelle le Parti socialiste ne serait qu'une machine à désigner des candidats, incapable de concevoir un projet au point qu'il en confierait le soin aux clubs et fondations qui sont proches de lui.

Ce n'est que lorsque nous aurons accompli, ensemble, ce travail, que le moment viendra de choisir celle ou celui qui portera notre projet à l'élection présidentielle. Dès à présent, nous proposons que ce choix s'opère dans le cadre de primaires qui seront organisées par le Parti socialiste au printemps 2011, et auxquelles pourront prendre part, sans exclusive, tous ceux qui se reconnaissent dans les idées de progrès que nous portons.


1. Quels objectifs le Congrès doit-il assigner au Parti socialiste ?

Les enjeux auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés doivent nous conduire à poursuivre quatre grands objectifs.

1.1. Définir un nouveau modèle de développement

A l'heure où le pilonnage médiatique de la droite assimile course à la modernité et acceptation de la supériorité du marché, nous affirmons que la modernité consiste, au contraire, à inventer le modèle de développement qui intégrera le mieux la justice sociale et la préservation de l'environnement. Car comment pourrions-nous nous satisfaire d'un marché qui, lorsqu'il n'est pas encadré, est aveugle à long terme, perverti par les oligopoles, asservi par les effets conjoints des innovations technologiques et de la spéculation ?

Fidèles à la vocation de la gauche, nous plaçons au cœur de notre action la lutte contre les déséquilibres économiques, les dégâts écologiques et les injustices sociales et territoriales engendrées par le fonctionnement contemporain du système capitaliste. Loin d'avoir perdu sa raison d'être, ce combat retrouve toute son acuité face à la mondialisation financière et aux nouvelles formes de domination qu'elle engendre. Or nous refusons l'alignement de notre modèle social sur les standards néolibéraux que la droite voudrait nous imposer. Socialistes, et donc internationalistes, nous militons plus que jamais pour une autre répartition des richesses à l'échelle planétaire et ne pouvons nous résoudre à l'approfondissement de la fracture entre le Nord et le Sud.

Pour autant, ce rapport critique au capitalisme ne suffit pas à définir le socialisme du 21ème siècle. Si nous reconnaissons depuis longtemps l'utilité du marché pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés, nous jugeons que l'éducation, la santé, la recherche ou la culture ne doivent pas être confiées au marché.

On ne peut redistribuer que ce qui est produit, et pour ce faire, il nous faut être attentifs aux conditions de création des richesses. Nous devons ainsi répondre à l'enjeu de la croissance et de la compétitivité française en réhabilitant le volontarisme économique. Et nous ne désignons pas par cette expression l'incantation à la croissance économique à laquelle se livre régulièrement le chef de l'Etat et qui est dépourvue de toute concrétisation politique. Aux antipodes du désengagement néolibéral, nous pensons au contraire que la puissance publique - Etat et collectivités territoriales -doit retrouver un rôle stratégique pour encourager le financement de l'investissement productif et de la recherche, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, le développement de nouveaux services, de l'économie sociale et solidaire, mais aussi pour favoriser la reconversion des territoires fragilisés. L'investissement dans la recherche est, du reste, une condition de la survie de nos économies, concurrencées par des pays émergents capables de former, chaque année, des centaines de milliers de chercheurs et d'ingénieurs hautement qualifiés, mobiles et moins coûteux.

Par opposition à la spéculation financière, qui détourne le capital des investissements indispensables, par opposition à la politique de la droite, qui, en France, privilégie la rente, la gauche doit soutenir la prise de risque entrepreneuriale. Après un cycle qui fut favorable aux salaires, la répartition des gains de productivité est devenue exagérément favorable au capital. Nous devons parvenir à une répartition plus juste, mais aussi plus efficace, entre rémunération du travail, rémunération du capital et investissement dans les facteurs de production.

La mondialisation étant aujourd'hui déréglementée et dérégulée, nous voulons en retrouver la maîtrise par le retour d'une réglementation internationalement négociée, adossée à toutes les formes possibles de régulation. Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, nous pensons en effet que les excès de la mondialisation ne remettent pas à l'ordre du jour la révolution socialiste, mais appellent une exigence accrue de régulation. Nous plaidons notamment pour un commerce international régulé. Les échanges ne peuvent continuer à se faire au détriment des pays du sud. Une puissante régulation doit imposer des garanties sociales et environnementales afin d'assurer la loyauté dans les échanges mondiaux et une démocratisation des instances de régulation internationale, dans le cadre d'une stratégie diplomatique alternative à l'alignement sarkozyste sur le bloc anglo-saxon.

La révolution écologique oblige à une solidarité planétaire. Pour la première fois, l'impératif environnemental prévaut sur la force des marchés : il va constituer un levier puissant pour imposer par la voie de l'action politique des disciplines à cette économie suicidaire qui puise sans aucune limite et sans aucun frein dans les ressources de la planète. Cette nouvelle donne écologique renouvelle plus fondamentalement encore notre vision même des besoins humains. Aux antipodes d'une approche purement matérialiste du bien être, nous accordons aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels, une importance décisive. Nous croyons nécessaire d'enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place aux dimensions qualitatives, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l'économie sociale et solidaire et à la sphère non marchande.

Enfin, le souci que nous avons de ne pas léguer aux générations qui suivent une montagne de dettes qui obérerait, voire annihilerait l'action publique, nous impose de lutter contre les déficits, notamment par la remise en cause des avantages fiscaux d'autant plus injustes qu'ils sont injustifiés, tout en stabilisant les prélèvements obligatoires par une réforme de l'Etat audacieuse et concertée et un investissement social plus efficace. Pour la droite, la réforme est purement comptable : elle consiste à paupériser les services publics pour en justifier, ensuite, la privatisation. Proposons au contraire d'améliorer leur efficacité et leur qualité - qualité de gestion, transparence des dépenses, qualité du service rendu aux usagers - pour réaffirmer leur légitimité. Qu'il s'agisse de la lutte contre le chômage, de l'éducation, de la police ou de la justice, nous militons pour un Etat efficient dont les actions soient mieux ciblées sur les besoins réels.

1.2. Promouvoir l'égalité réelle.

Nous doutons que les Français aient quoi que ce soit à attendre de la fausse radicalité d'une rupture annoncée avec le capitalisme mais jamais mise en œuvre. Adeptes d'une politique qui s'appuie sur les réalités, nous ne nous résignons pas pour autant à réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne feraient que combattre les dégradations de l'Etat social et du modèle républicain. Nous pensons que la gauche doit continuer à œuvrer à la concrétisation de l'utopie qui est, depuis la Révolution française, au cœur de sa vocation.

Notre nouvel horizon de transformation sociale réside dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer les privilèges de naissance. Face à une droite qui se prétend libérale alors qu'elle est banalement conservatrice, reproduisant de génération en génération les inégalités de patrimoine et de savoir, nous devons incarner la recherche de l'égalité des chances, en affirmant notre volonté de donner à chacun les moyens d'accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société. Notre projet pour l'école, l'université et la formation professionnelle devra donc occuper un rôle central.

La volonté d'étendre les libertés et de permettre à chaque individu de s'émanciper en lui donnant les moyens de choisir sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles demeure un principe directeur de notre action. Elle rejoint la nécessité de tenir compte du processus d'individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles. Qu'il s'agisse des retraites, de l'éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu'elles créent. Il ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c'est possible, l'action correctrice de la politique au niveau même de l'individu.

Cet engagement en faveur des libertés ne nous rend pas sourds à la demande d'autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d'insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelés aux nécessités d'une liberté ordonnée, d'une meilleure articulation des droits et des devoirs.

Cette prise en compte des réalités et des aspirations individuelles ne nous conduit pas pour autant à cautionner les dérives de l'individualisme contemporain. Nous combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Nous pensons ainsi que pour endiguer la dérive communautariste qui nous menace, il faut faire de la lutte contre les discriminations un axe central de la politique sociale. En clair, nous travaillons à une société d'individus où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s'accomplir sans l'intervention de la collectivité. Attachés au pari des Lumières et à la force des solutions collectives, nous refusons la perspective d'une société atomisée et défendons la nécessité de construire et de faire vivre des institutions communes au service de la justice sociale.

Loin d'épouser les antagonismes internes à notre base sociale, loin de vouloir jouer à notre tour sur la division des « inclus » et des « exclus », nous souhaitons au contraire que la gauche élabore dans les années qui viennent un nouveau pacte social et territorial pour relever le défi de la société « fragmentée » et « dissociée ». Celui-ci devra afficher des thèmes fédérateurs (protection contre les effets négatifs de la mondialisation, sauvegarde de la protection sociale, promotion individuelle) et indiquer aux couches populaires et moyennes, aux habitants des cités comme à ceux du monde rural et périurbain ce qu'ils peuvent attendre de la gauche. Nous pensons notamment que la gauche doit continuer à faire de la lutte contre l'exclusion et la pauvreté une priorité politique tout en veillant à ne pas alimenter la critique contre « l'assistanat ». Elle doit mieux répondre que ne le fait la droite à l'enjeu du pouvoir d'achat, en priorité lorsqu'il porte sur les biens premiers que sont le logement, la santé et l'éducation. Elle doit aussi rechercher une répartition plus juste des charges publiques par une réforme fiscale courageuse qui pénalise la rente, encourage l'effort et le travail et épargne les plus démunis.

1.3. Réaffirmer notre engagement européen.

Notre volonté de bâtir des solidarités politiques transnationales qui permettent de faire face au déploiement du capital se traduit notamment par un engagement résolu dans l'unification politique européenne. Nous voulons une Europe unifiée et puissante, qui pèse dans les négociations sur le commerce mondial et soit en mesure d'établir en son sein des formes de gouvernance économique et d'harmonisation sociale. Cette conviction nous conduit à militer pour des transferts de compétence, des procédures de décision simplifiées, l'affirmation de principes sociaux, des institutions plus fédérales et parlementarisées.

En réaffirmant ces finalités partagées, nous ne voulons pas ignorer les insatisfactions engendrées par la construction européenne telle qu'elle est exprimée en dernière date par le référendum en Irlande, ni occulter les débats qui ont surgi lors du processus de ratification du Traité Constitutionnel Européen. Mais nous croyons nécessaire de dépasser ces divergences et de travailler ensemble à la définition d'une stratégie politique des socialistes européens pour faire avancer leurs objectifs communs sur le continent. L'Europe est pour nous l'espace nécessaire à la régulation dans la mondialisation. C'est pourquoi nous encouragerons l'adoption par le Parlement européen d'un pacte économique écologique et social continental.

Et l'Europe ne comptera dans le concert des nations que si elle affirme son autonomie et développe sa capacité à intervenir sur les théâtres de crise où se joue la sécurité de la planète. Elle ne rassurera nos concitoyens que si elle apparaît plus à même de lutter contre toutes les formes de criminalité transfrontière que les Etats membres ne le feraient isolément. C'est pourquoi nous devons œuvrer, avec nos partenaires, au renforcement des capacités de l'Union en matière de défense et de sécurité.

1.4. Reconstruire le Parti socialiste.

Le Parti socialiste a pris du retard. Depuis dix ans, il ne s'est pas préparé à maîtriser les nouveaux enjeux de la période. La tactique a pris le pas sur la projection dans l'avenir, la synthèse a prévalu sur les nécessaires choix stratégiques. La réflexion a cédé le champ à la communication, le travail collectif a été éclipsé par la gestion des écuries et des clans.

La conviction qu'en dépit de tout cela, l'exaspération d'un peuple suffirait à garantir la défaite de la droite a été cruellement démentie par les faits. Nous avons déçu les millions de femmes et d'hommes qui nous espéraient à la hauteur des enjeux, parce que nous avons oublié que, dans ce pays, la gauche n'est jamais parvenue à ravir le pouvoir aux conservateurs qu'au terme d'un travail en profondeur. L'imagination s'en est allée, le leadership s'est émietté, la fraternité s'est abîmée, l'énergie du socialisme s'est réfugiée dans les collectivités territoriales.

Et pourtant le Parti socialiste a en lui et autour de lui de formidables ressources : des militants dévoués, des élus nombreux et d'une exceptionnelle qualité, de toutes les générations, des experts, des intellectuels qui désespèrent d'être remobilisés. Valoriser nos atouts, nous redresser sur le plan intellectuel, nous remettre au travail, ensemble : c'est ainsi que nous réussirons ce Congrès, que nous le rendrons utile à la gauche et aux Français.

Rassembler les gauches demeure évidemment l'objectif. Mais quelles gauches ? La situation est profondément différente du moment d'Épinay, où deux grands partis structuraient pour l'essentiel l'électorat de gauche. Le Parti socialiste n'a jamais été plus fort qu'aujourd'hui. Pourtant, avec des alliés faibles électoralement, le Parti communiste et les Verts, et de petits partis, le PRG et le MRC, il peut être durablement impuissant à construire un rapport de forces majoritaire. Et ce paradoxe est encore renforcé par la double concurrence que font peser, à l'extrême-gauche, un gauchisme compassionnel qui n'entend pas participer à une alternative politique réelle, et, sur sa droite, un centrisme présidentiel qui apparaît de plus en plus comme une aventure solitaire.

Dans ces conditions, il n'y a pas d'autre solution pour les socialistes que d'atteindre une masse critique indispensable à une dynamique victorieuse. La visée d'un parti de toute la gauche est utile. Mais elle s'avère trompeuse si, par là, nous entendons seulement un accord avec quelques morceaux d'appareils. C'est bien une mutation qu'il nous faut accomplir, et qui suppose un profond renouvellement.

Nous avons besoin d'un parti beaucoup plus proche de son électorat, qui donne à ses militants un rôle d'animation politique, et qui, à côté de ses fonctions traditionnelles et essentielles - la définition du programme, la sélection des candidats - développe des nouvelles pratiques.

Nous devons concevoir et construire un parti-réseau, qui associe en permanence les citoyens et les associations à ses définitions programmatiques, qui organise ses relais dans le monde économique et social, pas seulement sous la forme de la section « thématique », mais en acceptant aussi des associations temporaires autour de telle ou telle tâche, de tel ou tel projet. Notre parti doit profondément revoir sa communication, qui ne s'est pas suffisamment adaptée à l'évolution des médias et à l'essor des technologies modernes.

Nous devons aussi développer des services pour les militants et notre base sociale, en réinventant l'éducation populaire. Surtout, il nous faut accorder toute sa place au travail d'analyse pour comprendre et anticiper les évolutions du monde et de la société, ce qui suppose de rationaliser des outils aujourd'hui dispersés.

Mais notre Parti ne se modernisera pas s'il ne devient pas plus démocratique. Pour y parvenir, nous proposons de changer le mode de fonctionnement des instances de direction nationales, en redonnant au Conseil national son rôle d'instance de débats et d'orientation ainsi que son pouvoir de contrôle, en refaisant du Bureau national un lieu de mise en œuvre des décisions. La transparence des travaux de ces instances sera assurée par la création d'une télévision sur Internet et la retransmission de leurs travaux. Enfin, au niveau local, nous entendons réformer les conseils fédéraux, où les grands élus siégeraient effectivement et rendraient compte, et où les secrétaires de section pourraient participer aux décisions.

2. Quel programme de travail pour les deux ans à venir ?

Pour trancher les grandes orientations, nous proposons que soient organisées sept grandes conventions dans le cadre d'ateliers de l'alternative ouverts à nos partenaires et à la société civile. Elles devront impliquer les militants et déboucher sur des orientations claires et des réponses concrètes aux problèmes des Français. Elles devront aussi se nourrir de l'expérience et de la réflexion des autres partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe et dans le monde.

2.1. Un nouveau modèle d'Etat-Providence

Le modèle français d'Etat-Providence, issu du compromis social de l'après-guerre, soulève désormais un problème d'efficacité et d'équité. Il doit être refondé sur des bases plus universelles et plus égalitaires. Avant de proposer de nouvelles prestations, une remise à plat d'ensemble s'impose pour mieux répondre aux attentes de la population.

Nous devons reformuler nos objectifs et nos propositions dans l'ensemble des secteurs où la population attend une intervention publique. Logement social, hôpitaux, transports publics... : rien ne doit échapper à l'analyse et à la recherche de solutions plus innovantes et plus efficaces.

A l'opposé du discours catastrophiste et culpabilisant de la droite qui conduit une réforme comptable et aveugle de l'Etat, le Parti socialiste doit définir les ambitions du service public et les moyens d'une mise en œuvre efficiente et équitable pour l'ensemble de la population et des territoires. C'est le cœur du projet socialiste qui est en jeu, à savoir notre capacité à provoquer et nourrir une énergie collective créatrice de lien social, contre la logique d'atomisation de la droite.

2.2. Une nouvelle croissance

Comment retrouver des marges de manœuvre pour l'Etat ? Quels sont les leviers de la croissance ? Les socialistes doivent redéfinir leur corpus doctrinal sur ce sujet, avec pour objectif prioritaire l'économie de l'intelligence, le soutien à l'innovation et à la recherche, une réforme profonde de la formation professionnelle et une remise à plat du rôle de la puissance publique dans l'aide aux territoires fragiles et aux secteurs en difficulté.

Mais ne commettons pas une nouvelle fois l'erreur de croire que l'efficacité gestionnaire est un but en soi : c'est à un partage plus équitable des fruits de la croissance que nous aspirons, à l'inverse de la tendance qui, depuis les années 1980, réduit la part des salaires dans le revenu national.

Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus juste de la valeur ajoutée, l'inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés.

2.3. La nouvelle donne écologique

La triple crise écologique, énergétique, alimentaire accélère une profonde prise de conscience : notre mode de croissance, s'il perdure, conduit l'humanité au désastre. Au-delà des principes et des déclarations d'intention dont il a sans doute abusé, le Parti socialiste doit répondre précisément à la question que nous posent les Français : comment traiter les enjeux écologiques sans accroître davantage les inégalités et peser un peu plus sur le pouvoir d'achat?

Le renchérissement des coûts énergétiques n'est pas conjoncturel. La gauche doit agir contre les intérêts industriels et financiers qui entretiennent le statu quo, aider les citoyens à faire face au défi écologique, en promouvant en particulier les transports collectifs, la restructuration des filières dépendantes du pétrole, et, d'une manière générale, une révision de toutes les politiques publiques conçues pendant la période d'euphorie pétrolière (urbanisme, autoroutes, etc.). Un plan d'économies d'énergie est indispensable, accompagné des dispositifs sociaux adaptés au regard tant des catégories professionnelles les plus concernées que des ménages les moins favorisés.

Surtout, il faut rompre ave l'idée selon laquelle la prise en compte des impératifs environnementaux serait un frein à la croissance. Elle doit au contraire, par la mise au point de technologie de pointes, plus propres, constituer un facteur de développement.

2.4. Une démocratie renouvelée.

Les citoyens en ont assez de l'unilatéral : ils aspirent à davantage d'écoute, de respect et de partage. Nos institutions sont à bout de souffle et désormais directement menacées par l'hypertrophie présidentielle et la violence de pratiques que l'on croyait d'un autre temps.

Faute de revenir sur le principe même de l'élection présidentielle au suffrage universel direct, le Parti socialiste doit engager nos institutions vers une VIème République dotée de véritables contre-pouvoirs : Parlement renforcé, justice et presse indépendantes, limitation du cumul des mandats.

La démocratie locale doit également prendre sa part dans ces évolutions. Elle a convaincu, mais il reste à effectuer le saut décisif pour faire entrer la décentralisation dans le XXIème siècle, en visant en priorité la simplification de l'empilement local et la clarification des compétences, s'appuyant sur la réforme de la fiscalité locale et un nouveau contrat entre l'Etat et les collectivités locales.

Au-delà des questions institutionnelles, le Parti socialiste doit redonner un sens aux principes républicains, contre la persistance des discriminations et contre le retour du religieux dans la vie publique. Tirons les leçons des échecs passés et ouvrons-nous à davantage de diversité pour retrouver une parole convaincante et crédible sur le sujet.

2.5. La liberté du destin individuel

La possibilité d'être maître de son destin est au fondement du projet socialiste. L'éducation et la culture doivent occuper une place centrale dans nos propositions, avec la volonté de dépasser les discours convenus et théoriques et de tracer une action efficace dans la lutte contre les inégalités.

La promesse républicaine de l'égalité scolaire et la démocratisation de l'accès à la culture sont autant de chantiers dont le Parti socialiste doit profondément renouveler l'analyse et les solutions.

Par ailleurs, la gauche perdrait son âme à croire que l'aspiration de la population à davantage de sécurité est une aspiration au retour à un certain ordre moral. Le Parti socialiste doit poursuivre dans les combats pour l'émancipation et la liberté de chacun de choisir sa vie.

2.6. Une France au service d'un monde moins déséquilibré

La réduction des inégalités entre le Nord et le Sud est notre objectif, selon trois priorités : la nécessité, pour répondre à la nouvelle donne agricole, de repenser nos propres politiques et nos aides aux pays en développement, la recherche d'un principe de loyauté dans les échanges commerciaux avec l'édiction de normes sociales et environnementales, et une meilleur prise en compte des mouvements migratoires.

Nous devons répondre à la demande de nouvelles régulations face aux excès de la mondialisation, en commençant par le secteur bancaire et financier, où la crise actuelle appelle l'adoption urgente de nouvelles règles.

2.7. Une Europe unifiée et puissante

Le non irlandais confirme, pour ceux qui ne l'avaient pas encore compris, le danger que fait courir à l'Union européenne le déficit démocratique dans lequel elle ne cesse de s'enliser. Le Parti socialiste doit, avec la gauche européenne, proposer rapidement des institutions plus fédérales et plus parlementarisées. Sans cela, l'objectif fondamental de l'harmonisation sociale et les avancées dans les domaines de l'environnement, de l'énergie, de la défense, etc. relèveront du vœu pieux, quand ce n'est pas de l'hypocrisie.

Même si cette évolution nécessite de créer un noyau restreint d'Etats déterminés à aller de l'avant vers des Etats-Unis d'Europe, le Parti socialiste doit reprendre l'initiative. Il renouera ainsi avec la culture profondément européenne qui fut longtemps la sienne.

ORTF

L'hypocrisie, on le sait, est un hommage du vice à la vertu. Hypocrite, le système de gouvernance de la télévision publique l'était, sans nul doute. Quoique nommé par une instance en théorie indépendante, le président de France Télévisions devait son poste à une succession de manœuvres dans lesquelles le pouvoir politique pesait de tout son poids. Mais, hommage à la vertu, ce président pouvait aussi s'appuyer, dans l'exercice de ses fonctions - et selon son caractère - sur le principe d'autonomie que lui promettait la loi.